Dick Laurent est mort ou le Jugement Avant-dernier

par Abdelghani Raoui

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Note de la rédaction

Nous publions ici un document au format hybride: audiovisuel et écrit. Il s’agit d’une proposition élaborée, en 2009, par Abdelghani Raoui autour du film Lost Highway réalisé par David Lynch (1997). Film assez singulier contenant énormément de niveaux de lecture et pouvant être abordé par plusieurs outils. L’analyse que nous a proposée Abdelghani Raoui a attiré notre attention  par sa volonté de fouiller en le film selon différentes méthodes, suivant une multitude d’écheveaux qui s’entrecroisent, se contredisent, se superposent ; l’un allongeant le pas de l’autre. Nous présentons donc, par ce travail qui est, à la mesure du film, à la fois canalisé et éclaté, une forme originale de schizoanalyse de l’acte de création lynchien.

*Nous nous excusons de la qualité de la vidéo — celle-ci étant la seule matière qui nous ait été transmise.


« – I –

Lost Highway est un voyage mental, une prison qui ne communique avec l’extérieur qu’à partir de symboles, d’énigmes et de lapsus.   Petit à petit, à mesure du film, une double réalité spatio-temporelle s’installe. À l’inverse des autres œuvres de Lynch — Eraserhead à part — ici, toute parcelle de blancheur est souillée. Le film est une séance métaphysique et psychanalytique qui s’ouvre sur une autoroute sombre et trompeusement droite — un faux semblant maintes fois repris dans le film. Et nous voilà lancés dans une histoire d’amour agonisante, ou les rivaux ( Fred et Renée ) sont les principaux protagonistes. Un vrai cauchemar claustrophobique se joue devant nous pendant les quarante premières minutes :

Fred, le calme, ne déchire le silence qu’en jouant frénétiquement du free jazz dans une boite de nuit, et c’est d’ailleurs là que les soupçons d’une éventuelle infidélité commencent. Les soupçons deviennent convictions lors d’une scène « d’amour », une scène de rapport sexuel aussi malsaine que froide que Lynch ne  filme  qu’avec de gros plans : sa caméra n’a rien d’une caméra ; c’est un microscope, et Fred troublé, doute de l’identité de sa femme. Lynch filme au plus près des cornes du taureau, au point où Fred se demande s’il n’a pas fait l’amour à un homme qu’il hallucine brièvement à la place de Renée. Cet homme, Lynch le nomme : l’Homme Mystérieux.

Au cours d’une soirée organisée par des amis de Renée — des amis que Fred qualifie de barjots — Fred fait la rencontre de l’Homme Mystérieux et celui-ci lui lance : « Je suis chez vous … », une façon détournée de lui dire « Je suis en vous…», car à partir de ce moment, il est clair que Fred est personnage principal. Renée est à présent une figure abstraite qui a du mal à dormir parce qu’un chien aboie… Ce chien préfigure peut-être le Dick Laurent que Fred avait déjà entendu, au début du film, par la voix nasillarde à travers l’interphone : « Dick Laurent est mort ! ».

Renée trouve une deuxième cassette vidéo qu’elle visionne en compagnie de Fred. Mais cette fois-ci, la caméra du « vidéaste » va encore plus loin : elle est l’image-même d’un phallus en érection harcelant jusqu’à l’insoutenable les couloirs de la maison, arrivant jusqu’à cette matrice sur le point d’avorter qu’est la chambre du couple, où Fred et Renée dorment paisiblement.

Font alors leur entrée deux inspecteurs : sortes de Laurel et Hardy de l’investigation. À les voir, on devine que ce n’est sûrement pas sur eux qu’il faudra compter pour élucider le mystère du film. Ils se perdent d’ailleurs rapidement sur les flancs de cette histoire tortueuse : manière détournée de nous dire que la clé de ce récit ne se trouve pas dans une finalité à la X-Files

— Lost Highway n’est pas un polar traditionnel, car les règles y sont bafouées ; puisque la schizophrénie du personnage principal s’empare peu à peu du scénario et même du spectateur qui ne peut développer une interprétation personnelle du film qu’au bout de plusieurs visionnages.

Le disque dur que forme le cerveau de Fred semble plus malade du fait de ne pas connaître sa femme, de l’impossibilité de se réconcilier avec les fantômes de son passé, que d’être perdu dans un univers hostile où rien ne semble être ce qu’il est, où la perception est le premier élément mis en cause.

À force de déambuler dans les couloirs de sa maison — Fred et le vidéaste ne seraient-ils, en fin de compte, qu’une unique et même personne ?  où le passé et le présent s’embrouillent, où Fred crie : « Renée ! », et où Renée cherche à son tour un mari embrumé en criant le nom de celui-ci, Fred finit par retrouver le présent en allumant le poste de télévision et en découvrant le meurtre macabre de sa femme.

Coincé par les deux inspecteurs, Fred nous offre ce qui pourrait être l’élément le plus révélateur du film en leur disant : « Dites-moi que je ne l’ai pas tuée ! ». Fred Madison ne nie pas les faits, il sait parfaitement qu’il est le meurtrier. Voilà à priori un malade conscient de sa “maladie mentale’’, mais par delà toute psychanalyse, Fred souffre simplement de mal d’amour et Lynch, plus pessimiste que jamais, fait atterrir son personnage dans une cellule capitonnée, à l’image du cerveau de son personnage :  cellule vide, silencieuse et froide. Il n’y a qu’une ampoule dans cette cellule-cerveau, une petite lumière intérieure — non pas extérieure, dans le film de Lynch le dedans et le dehors luttent constamment, comme si l’un avait peur d’être violé par l’autre.

Lorsque Fred Madison se plaint de ses douleurs cérébrales, il ne devrait pas dire : « Ma tête va exploser ! », mais : « Ma cellule va exploser ! ». Cela finit par arriver à travers une blessure charnelle et, telle une peinture de Francis Bacon, Fred accouche de son double  (Pete Dayton) dans une séquence cauchemardesque où l’ampoule de la cellule explose. C’est alors que commence un autre film et alors, les interrogations ne font qu’affluer, et parmi elles : Où est passé Fred ?!… Et si réellement Fred Madison était Pete Dayton ? Serait-il sorti de prison sous les traits de Pete mentalement ou physiquement ? — Je développerai cette hypothèse plus tard.

Le héros de Lynch, à présent Pete Dayton, se repose dans son jardin, sur un air de bossa nova d’Antonio Carlos Jobim. Ce nouveau héros lynchien n’a rien à voir avec Fred Madison : Pete est un adolescent, un garagiste aux hormones sexuelles en pleine ébullition.

Cette deuxième partie arrive comme une bouffée d’oxygène, mais reste tout aussi sophistiquée : un parti pris de mise en scène pour Lynch contrastant avec la première partie car, en effet, sans cette deuxième partie, la valeur claustrophobe et oppressante de la première aurait été amoindrie. Pour ainsi dire : pour connaître la valeur du mal, confrontez-le au bien. Mais, qu’on ne s’y trompe pas, cette seconde partie est tout aussi crasseuse que la première et il ne faut pas perdre de vue que Lost Highway fonctionne par des faux semblants : Alors que dans la première partie on nous présentait le nom d’un mort (Dick Laurent), dans la deuxième on nous met un visage sur ce nom et il est bien vivant : Dick Laurent ou Mr Eddy, s’avère être le mal incarné, gangster à l’allure trompeusement clean, mais également producteur de films pornographiques. Dans une interview, Lynch souligne que le seul moment où le personnage montre à quel point il peut être un sale type, est celui où il corrige de façon monstrueusement excessive un automobiliste calamiteux, et de surcroit qu’il le fasse en affirmant que les gens devraient respecter les lois.

De cette décadence, surgit  Alice la blonde explosive. Véritable bombe sexuelle, elle est à l’opposé de Renée, la brune glaciale. Elle apparaît pour la première fois dans une Cadillac noire. Cependant, elle a un point commun avec Renée : son statut de femme-objet et ceci qu’elle soit actrice de films pornographiques ou, avec Renée, objets de tous les désirs masculins, ou enfin statue grecque mythifiée par un Fred obsédé par son passé. À ce propos, les femmes chez Lynch sont souvent des objets « sexuels » : de Dorothie Vallence dans Blue velvet à Lula dans Wild at Heart, en passant par Laura Palmer dans Twin Peaks, cadavre taxidermisé par Lynch lui-même.

Le film finit par retrouver une certaine unité lorsque Fred tue Dick Laurent/Mr Eddy, l’amant d’Alice/Renée. La blonde de la photographie disparaît et Fred retrouve la paix en effaçant le “mal’’ dans le passé de Renée.

Le film reprend alors son mouvement formant une boucle perpétuelle.

Le malheur dans le Lynchland dit le critique français Michel Chion est que « les héros lynchiens ne meurent pas, ils ne deviennent jamais cadavres, ils finissent vivants dans un monde parallèle ». Le monde parallèle dans Lost Highway est celui du souvenir et de la mémoire.

– II –

Essayons maintenant de reconstituer le récit de façon linéaire :

Il commencerait donc au moment où Pete Dayton surgit, adolescent rebelle qui subtilise Alice (pas encore Alice et plus tout-à-fait Renée) à Dick Laurent. Mais voilà qu’Alice met une croix sur son passé pour refaire sa vie et après l’avoir manipulé, elle met également une croix sur Pete qui sera à jamais un adolescent malmené. Alice change de vie, devient brune mystérieuse et rencontre Fred. Les deux s’aiment d’un amour fou, mais le passé de Renée la rattrape : les cassettes vidéo, preuves d’une surveillance constante. Renée finit par succomber à ce passé et retombe dans les bras de Dick Laurent. Fred les tue tous les deux, et finit dans sa cellule après une longue course poursuite.

Mais pourquoi donc le récit est-il aussi tordu ? Il y a pour y répondre plusieurs théories :

L’une des théories voudrait que la première partie du film, celle de la maison, serait tout-à-fait réaliste, ancrée dans le temps du film. La seconde partie, par contre, serait alors une partie purement mentale : Fred dans sa cellule, se remémorant à sa façon les événements du film. Cette deuxième partie, soi-disant oxygénée, n’est en fait qu’une pénétration de la caméra de Lynch dans le cerveau de son personnage qui nourrit un désir de liberté : se libérer du passé, de la prison, etc. C’est ce qu’il fera mentalement et il choisira pour cela le personnage le plus innocent de l’histoire : Pete, coupable uniquement d’avoir cédé à sa curiosité juvénile. C’est la théorie selon laquelle Fred repasserait ses souvenirs en boucle, mais ses souvenirs seraient aussi empreints de faux semblants, la preuve en est qu’il dit lui-même aux deux inspecteurs : « J’aime me souvenir des choses à ma façon. Pas nécessairement comme elles se sont produites… ».

Lynch lui-même confirme dans un interview que le terme schizophrénie ne convient pas vraiment, et lui préfère le terme de fugue psychogénique : « C’est un vrai terme médical qui désigne la condition d’une personne qui se crée une nouvelle personnalité, de nouveaux amis, un nouveau foyer, de nouveaux parents, bref un environnement tout-à-fait nouveau ».

De ce point de vue, tout se tient : l’Homme Mysterieux n’existe donc que dans la tête de Fred, mais pourquoi donc créer un tel personnage ? Qui est-il ? Est-il sa conscience ? Sa double personnalité ?… Je crois qu’il n’est rien de tout cela. A mon sens, l’homme mystérieux est une figure divine, non pas Dieu, mais une figure morale qui devient figure vengeresse et, de ce fait, terrifiante, quasi maléfique, plongeant le personnage dans un véritable cauchemar.

Rappelez-vous, au début du film Fred Madison écoute la voix dans l’interphone lançant : « Dick Laurent est mort. », mais  en réalité, il n’y a pas de voix : Fred ne fait qu’écouter une pensée intime qu’il finira par matérialiser. Preuve, à la fin du film, lorsque Fred revient chez lui pour (se) dire dans l’interphone : « Mission accomplie ! », « Dick Laurent est mort !». Mais pour matérialiser sa pensée, il doit passer par un long processus tourmenté où il torture sa propre conscience : a-t-il le droit de juger et de condamner ? A-t-il le droit d’appliquer ses propres lois ?… Il finit, dans une hypothèse purement métaphysique, par se créer un dieu, son dieu, qui peut être ici et là-bas : qui peut être en train de vous parler ici et en même temps, chez vous, attendant votre coup de fil. Ce dieu finit par affranchir Fred de son angoisse et de ses tourments en lui tendant l’arme qui lui servira à tuer Dick Laurent.

Ici, l’œil du jugement est une caméra vidéo : au moment où  Fred s’apprête à tuer Dick Laurent, l’Homme Mystérieux lui tend un petit écran par lequel il voit défiler ses ‘‘péchés’’ avant de mourir — je n’utilise pas le terme péchés de façon hasardeuse. Séquence soutenue par toute une réflexion autour du pouvoir des technologies et des médias : l’homme moderne ne peut être jugé sans passer par un tube cathodique. De nos jours, tout est souillé par la télévision, même au fin fond du désert, comme le suggère cette scène du film.

Fred se venge même de Pete Dayton : Pete reçoit un appel téléphonique de l’Homme Mystérieux, le dieu de Fred, lui disant : « En orient, en extrême orient, les personnes condamnées à mort sont envoyées dans un lieu d’où ils ne peuvent s’échapper. Ils ne savent jamais, quand le bourreau viendra leurs tirer une balle dans la tête ». Même Fred paiera en faisant la découverte macabre de la mort de Renée sur un poste de télévision.

– III –

Lost Highway est un film extrêmement symétrique aux interprétations multiples. Je voudrai ajouter aujourd’hui deux, trois détails à l’écrit ci-dessus datant, lui, de 2009 :

    Un ami m’avait fait une remarque qui a abattu le château de cartes de mon modeste rendu quand il me posa la question : « Qu’est devenu Pete Dayton ?»…. Je me suis alors mis à repenser à la fameuse disparition de l’agent Chester Desmond dans Twin Peaks. J’y ai donc, d’abord, vu une simple bizarrerie lynchienne, mais je pense avoir fini par élucider le problème :

En fait, comme le cambriolage de la maison d’Andy, l’ami jet-setiste de Renée, se déroule dans les souvenirs de Fred, j’en conclue que ce dernier peut créer et effacer à volonté des éléments qui se sont déjà produits. Ainsi, je pense que le véritable cambriolage s’est bien déroulé dans la réalité, mais qu’on ne saura jamais où. Toutefois, ce n’est certainement pas chez Andy. Ne supportant pas le rôle d’innocent que joue Pete, Fred lui endosse le meurtre d’Andy, mais il n’arrive pas à en faire un véritable meurtrier, puisque c’est bien d’un meurtre accidentel qu’il s’agit.

Autre élément qui remet en cause le lieu du cambriolage : lorsque Pete monte au second étage et se retrouve bizarrement dans un couloir du Lost Highway Motel.

Enfin, bien sûr, c’est Fred qui a tué Andy puisque dans la réalité, les deux inspecteurs arrivent chez Andy et trouvent bien la photo de Renée, non pas celle d’Alice. « C’est la femme de Fred Madison sur la photo ! », dit l’inspecteur,  et à son collègue de prolonger : « Oui, et il y a aussi Monsieur Crâne Fendu ! ». Détails qui épinglent ce meurtre définitivement dans le présent Fred/Renée, non pas celui de Pete/Alice.

Un troisième détail, dans le décor cette fois, vient lui aussi remettre en cause le fait que le cambriolage ait bien eu lieu chez Andy — et son meurtre par Pete — est l’absence d’écran de projection. Lynch nous le souligne parfaitement en cadrant les inspecteurs en contre-plongée.

– IV –

Reconstituons maintenant le puzzle en réunissant tous les éléments des différents présents/réalités contenus dans le film :

Pete couche avec Alice, même s’il connaît les dangers d’un tel acte.

Alice le manipule, lui fait commettre un cambriolage, disparaît et le laisse désorienté.

Pete retourne chez ses parents — père joué par l’excellent Gary Busey — et là,  tombe sur des gangsters, des sbires de Dick Laurent, qui le tuent, sur la pelouse de la maison, d’où l’angoissante scène où les parents tentent de raconter ce qui est arrivé à leur fils lors  de cette fameuse nuit. Ce qui explique également le plan où l’on voit le père de Pete courir vers la caméra, les bras curieusement en l’air, comme s’il voulait éloigner des gens.

Pete est mort… l’Homme Mystérieux l’avait prévenu. Tous les personnages du film “meurent’’ ou sont condamnés à mort. Certaines morts sont justifiées, les plus condamnables passant par écran télé : Laurent, Madison qui fuit la condamnation, suivi par l’Homme Mystérieux et enfin Renée. La condamnation de celle-ci est la plus ambiguë : d’abord victime souillée, puis manipulatrice, sa mort nous est d’ailleurs révélée de façon stroboscopique : par des plans pixelisés, comme pour souligner encore plus cette ambiguïté et cette forme d’injustice. Quant à Pète, on ne verra jamais sa mort. Il est une victime, une marionnette, rien de plus…

– V –

Pour en revenir à L’Homme Mystérieux et à son statut de figure divine, rappelons que dans l’œuvre de Lynch, il y a souvent deux formes de dieux manichéens : le noir (le mal) et le blanc (le bien).  Depuis ses débuts, ces deux figures reviennent sans cesse : L’Homme, sur la planète d’Eraserhead, semble être le mal ; il crée à la chaîne et fait peur à l’homme : le personnage d’Henry Spencer. Dans Twin Peaks, c’est le nain du monde rouge qui tient ce rôle tellement curieux : il parle à l’envers et danse de façon si loufoque qu’il semble venir d’une dimension parallèle, reflet de la nôtre. Il justifie à lui-seul l’absurdité du monde, en l’occurrence le monde du film. Il est d’ailleurs très complice avec les agents du FBI, détectives frustrés en quête de vérité. Desmond, qui disparaît dès qu’il touche la vérité du doigt, ou David Bowie en contact direct avec l’au-delà, ou bien encore Dale Cooper : lien incommensurable entre l’au-delà et le réel ? …  Et dans Wild at Heart (Sailor et Lula) où Lynch use d’un détail si intrigant que je ne sais où il veut en venir, ou s’il en est même conscient : le moment où, avant le meurtre de Johnny Farragut, les bourreaux lui montrent une bague : « Santos veut que tu voies ça ! », lui envoie Juana Durango. Sur la bague est gravé, en Arabe, le mot Allah

Enfin, dernières représentations en date : l’Homme Mystérieux dans Lost Highway, La Créature à l’arrière du Winkie’s dans Mullholand Drive, ou le couple de vieux juges dans le même film.

Les divinités blanches sont aussi de la partie, que ce soit sous forme de Dame dans le radiateur (Eraserhead), bible et foi inébranlables qui permettent à John Merrick de survivre jusqu’à l’âge de 23 ans dans Elephant Man, ou dans Blue velvet : musique d’orgue qui vient soutenir le monologue extatique de Sandy lorsqu’elle raconte son rêve de rouge-gorge.

On ne peut qu’interpréter humblement — contradiction du maitre oblige — et le seul élément qui remet en cause toute ma théorie est un élément sonore ; marque de fabrique exclusivement lynchienne et qui survient au début du film, au moment où Fred entend le fameux « Dick Laurent is dead » : si on tend l’oreille, quelques secondes plus tard, on entend, provenant de la rue, le son d’une sirène de police, qui coïncide avec la poursuite finale …

».


Abdelghani Raoui né à Alger, est réalisateur, scénariste, monteur et producteur.

Il fait un bref passage par la comptabilité avant d’étudier la peinture à l’école des beaux-arts d’Alger. Il étudie ensuite l’écriture scénaristique. En 2005, il réaliste Le Quotidien des Automates, court métrage à petit budget qui remporte quelques prix. Il travaille dans les années suivantes comme monteur sur plusieurs films et voit l’un de ses scénarios ( Dans la nuit ) porté à l’écran. Il entame ensuite la réalisation d’un long métrage, Pression paradis, qu’il autoproduit depuis 2010. En 2013, il réaliste Cloaque, Anal Algérie, une série absurde destinée à être diffusée sur internet où l’objectif était de faire, selon les codes de la télévision algérienne, « la série la plus absurde et la plus pourrie possible». En 2016, il réalise Exterminator, un court-métrage qui lorgne le clip musical, travaillant à la lisière de l’histoire algérienne sur fond de Primal Scream de Massive Attack. Il fonde en 2016 Gilgamesh Films, une société de production cinématographique basée en Algérie.